Barbara Polla lit je ne chasse pas sur mon territoire

Barbara Polla mise en images par Anne Kerner

Barbara Polla est médecin, galeriste, écrivaine et femme politique. Avec Anne Kerner, vidéaste et critique d’art, elles ont mis en image et en son un passage clé (de voûte) de je ne chasse pas sur mon territoire:

Le brame du cerf, c’est ce cri que poussent les cerfs pour attirer l’attention des femelles pendant la saison des amours et pour intimider leurs adversaires. En période du rut, le bruit assourdissant des bois qui se cognent au combat accompagne les rugissements. Je vous assure que lorsqu’on n’est pas habitué, c’est très impressionnant à écouter. 

J’ai commencé à me promener en forêt autour de Durbuy, à la fin de l’été, temps qui correspondait à la fois à la rentrée scolaire- comme une extinction de voix sur la région- à mon exposition sur Bruxelles et à la période du brame qu’on célèbre en Ardenne belge. J’allais bien. Je m’amusais d’un  rien. 

J’étais encore dans l’énergie de l’été qui  célèbre les retrouvailles avec  les joies  de la campagne, de la mer ou de la montagne  et je n’avais pas envie de m’éloigner du Luxembourg belge que je commençais à peine à apprécier. J’étais soûlée de la ville à chaque fois que je m’y rendais, je trouvais Bruxelles brutale et laide –on m’a dit qu’il fallait du temps pour s’habituer à sa beauté singulière, à sa saleté-, alors en rentrant, au lieu de filer à la maison, je me plongeais dans les bois environnants pour m’enivrer d’autres bruits, ceux des cerfs, des oiseaux, les frottements des rongeurs contre les troncs, le frôlement des feuilles dans le vent. 

Les coups de fusils des chasseurs. 

Je préférais ressentir cette peur-là qui me rappelait que j’étais vivante que celle d’être happée par les vapeurs sales de la capitale.

Il m’est arrivé d’y croiser Rudy. 

Au cœur de la forêt, son corps noueux et son visage râpeux étaient un tronc comme un autre. 

À chacune de nos rencontres fortuites, je voyais bien qu’il tentait de se rapprocher de moi. J’avais une façon bien à moi de le combattre. 

Je feignais de ne rien voir. 

J’ignorais sa concupiscence.

Il capitulait sous mon indifférence. 

Il m’est arrivé de croiser Rudy. Jamais Fred.

Après la fin d’une série et de l’exposition qui suit, il y a toujours cette phase où je joue avec le vide, je l’ausculte, je le désire tout autant que je le crains, je le stimule pour qu’il m’amène plus loin, ailleurs. 

J’attends qu’il me parle. 

Il naît de ce vide une certaine paresse, une forme d’oisiveté qui peut mener à tous les vices. 

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